Ados : votre journal, votre territoire
Journal intime créatif — Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP)
Avoir entre 13 et 20 ans aujourd'hui, c'est naviguer dans un monde qui vous observe en permanence. Les réseaux sociaux, l'école, la famille, les amis — tout le monde a un avis sur ce que vous faites, ce que vous portez, ce que vous publiez, ce que vous devenez.
Dans ce bruit-là, trouver un espace qui vous appartient vraiment — où personne ne regarde, où personne ne juge, où vous pouvez être contradictoire, imparfait, exploratoire — c'est précieux. Le journal intime créatif peut être cet espace.
La construction identitaire : un chantier à l'abri des regards
L'adolescence est une période de construction identitaire intense. On cherche qui on est, ce qu'on veut, ce qu'on aime, ce qui nous touche. Et souvent, cette recherche se fait à tâtons — avec des allers-retours, des contradictions, des remises en question qui peuvent être déstabilisantes.
Le problème, c'est que cette construction se passe dans un espace social très exposé. À l'école, tout se sait. Sur les réseaux, tout se voit. Montrer qu'on doute, qu'on cherche, qu'on est perdu — c'est risqué. Ça peut être moqué, commenté, mal interprété.
Le journal intime créatif offre un espace protégé pour ce chantier-là. Un lieu où l'on peut explorer des choses sans avoir à les assumer publiquement. Où l'on peut mettre des mots (ou des images, ou des couleurs) sur des émotions qui n'ont pas encore de nom.
Ni cours d'arts plastiques, ni thérapie
Le journal intime créatif n'est pas un cours d'arts plastiques. On n'y apprend pas à dessiner, on n'y est pas évalué, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. Si tu veux couvrir ta page de noir, tu couvres ta page de noir. Si tu veux coller des photos découpées dans un magazine, tu colles des photos. Si tu veux juste écrire en tout petit dans un coin, tu fais ça.
Ce n'est pas non plus une thérapie. Je ne vais pas analyser ce que tu fais, ni essayer de « comprendre » ce que ça veut dire. Ce qui se passe dans ton journal, c'est à toi — entièrement à toi.
C'est un espace de jeu, d'exploration, de liberté. Un endroit où tu peux être toi-même sans avoir à te justifier.
Les émotions difficiles ont le droit d'exister ici
La colère. La tristesse. L'ennui profond qui ressemble à une dépression. L'anxiété avant les examens. Le sentiment de ne pas être à sa place. La confusion par rapport à son identité, ses désirs, ses relations. Toutes ces choses ont le droit d'exister dans le journal.
Personne ne te dira que tu devrais « voir le bon côté des choses » ou que « ça ira mieux ». Le journal accueille ce qui est là — même quand c'est sombre, même quand ça fait mal, même quand ça n'a pas de sens.
Et parfois, le fait de déposer quelque chose sur une page — même maladroitement — allège quelque chose. Pas parce que le problème est résolu. Mais parce que l'émotion a eu un espace pour exister.
Pour les parents qui lisent ceci
Si vous cherchez quelque chose pour votre adolescent(e) : les ateliers de journal intime créatif peuvent être une porte d'entrée douce vers une forme d'expression et d'exploration de soi. Ils ne se substituent pas à un suivi psychologique si votre enfant en a besoin — mais ils peuvent être un premier espace sécurisé.
Le plus important : si votre adolescent(e) est intéressé(e), laissez-le ou la venir par sa propre curiosité. C'est cette motivation-là, même fragile, qui rend la démarche vraiment sienne.
— Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP), fondatrice d'Un Geste Pour Dire



