Se faire du bien dans une société qui n'arrête pas
Journal intime créatif — Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP)
Il faut être productif. Il faut s'épanouir. Il faut prendre soin de soi. Il faut être présent pour ses enfants, performant au travail, engagé dans sa communauté, attentif à sa santé, nourri de bonnes relations, inspiré dans ses loisirs. Il faut aussi se reposer — mais de façon optimisée, bien sûr.
Bienvenue dans le monde du XXIe siècle, où même le repos est devenu une injonction. Où « prendre du temps pour soi » s'accompagne désormais d'applications, de routines matinales chronométrées, de journaux de gratitude en cinq minutes, de méditations guidées avec timer.
Ce n'est pas une critique de ces pratiques — certaines sont réellement utiles. Mais il y a quelque chose qui me préoccupe dans la façon dont nous avons transformé le bien-être en performance.
L'épuisement du bien-être performatif
Quand « prendre soin de soi » devient une liste de choses à faire, il cesse d'être un espace de respiration pour devenir une nouvelle source de pression. On se sent coupable de ne pas méditer ce matin. Coupable d'avoir mangé ce qu'on voulait plutôt que ce qu'on « devrait ». Coupable de ne pas avoir exercé de gratitude.
C'est un piège subtil. On court après le bien-être comme on court après tout le reste — en se donnant des objectifs, en évaluant ses progrès, en se comparant. Et au bout du compte, on est aussi épuisé qu'avant, mais avec en prime le sentiment de ne pas être assez bon même dans sa façon de se reposer.
Il y a une autre façon. Moins bruyante, moins spectaculaire, moins quantifiable — mais peut-être plus vraie.
Un espace inutile — au sens le plus libérateur du terme
Le journal intime créatif tel que je le propose n'est pas utile. Voilà ce que j'ai envie de vous dire. Il ne va pas vous rendre plus productif, plus organisé, plus positif. Il n'a pas d'objectif mesurable. Il ne vous permettra pas de cocher une case.
Et c'est précisément ce qui en fait une forme de résistance douce à la logique de performance ambiante. Passer deux heures à créer dans un journal, sans résultat attendu, sans partage sur les réseaux, sans aucun bénéfice visible — c'est presque un acte subversif dans notre époque.
C'est aussi, et surtout, un acte de présence à soi-même. Un moment où vous n'êtes ni en train de produire pour l'autre, ni de vous améliorer selon des critères extérieurs. Juste là, avec du papier et des couleurs et quelque chose qui cherche à exister.
Se donner la permission d'être simplement là
Dans les ateliers, il n'y a pas de pression de résultat. Vous pouvez venir sans avoir envie de créer, sans savoir quoi faire, sans énergie particulière. C'est même souvent dans cet état-là que quelque chose d'intéressant émerge.
Vous pouvez venir juste pour prendre un moment. Pour sortir de la vitesse. Pour faire quelque chose avec vos mains. Pour être dans un espace où personne ne vous demande rien — sauf d'être là.
Dans une société qui n'arrête pas, c'est peut-être le cadeau le plus précieux qu'on puisse s'offrir : un espace où il est permis de ne pas se dépêcher.
— Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP), fondatrice d'Un Geste Pour Dire



