Reprendre sa vie en main — sans injonction supplémentaire
Journal intime créatif — Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP)
« Reprendre sa vie en main. » L'expression est partout. Dans les titres de livres de développement personnel, dans les podcasts bien-être, dans les conversations avec les amis qui veulent notre bien. Et derrière elle, il y a souvent une liste : méditer chaque matin, tenir un journal de gratitude, faire du sport, mieux manger, optimiser son sommeil, se fixer des objectifs SMART.
Je comprends l'intention. Mais il y a quelque chose qui me dérange dans cette injonction au contrôle de soi — surtout quand elle s'adresse à des personnes qui sont précisément épuisées, désorientées, submergées. Quand on a perdu le fil, la dernière chose dont on a besoin, c'est d'une liste de choses à faire de plus.
Perdre le fil : ce que c'est vraiment
Perdre le fil, ce n'est pas forcément une catastrophe visible. Ça peut être ce sentiment diffus que la vie se passe sans vous — que vous êtes dans le flux des événements, des obligations, des attentes des autres, mais que quelque chose de vous n'est plus vraiment là.
Cela arrive après une période de soins intensifs pour un proche. Après une maternité où l'on s'est effacé devant les besoins du bébé. Après un divorce, un licenciement, une maladie. Après des années à prioriser les urgences des autres sur ses propres désirs.
Ce n'est pas une faiblesse. C'est une réponse très humaine à des circonstances qui ont demandé beaucoup. Mais à un moment, quelque chose en soi signale : il faut revenir. Il faut retrouver quelque chose qui soit à moi.
Le journal comme espace d'auteurité
Le journal intime créatif n'est pas un outil de performance. Il ne vous dira pas quoi vouloir, ni comment vous améliorer. Mais il fait quelque chose de très simple et de très puissant : il vous remet en position d'auteur.
Dans votre journal, c'est vous qui choisissez. Ce que vous collez, ce que vous écrivez, ce que vous laissez vide, la couleur que vous utilisez, la page que vous décidez de déchirer. Ces micro-choix peuvent sembler insignifiants. Mais ils reconstructent quelque chose : le sentiment d'être celui ou celle qui décide, qui crée, qui oriente.
Ce n'est pas du développement personnel. Ce n'est pas une méthode pour devenir meilleur. C'est simplement un espace où vous existez comme sujet — pas comme rôle, pas comme fonction, pas comme réponse aux attentes de l'autre.
Sans objectif, sans résultat attendu
Dans mes ateliers, je ne vous demanderai jamais ce que vous voulez « obtenir » avec votre journal. Cette question, souvent posée dans les démarches de développement personnel, présuppose qu'il faut un but, un résultat, un bénéfice mesurable.
Ici, la logique est différente. On ne cherche pas à atteindre quelque chose. On laisse quelque chose advenir. C'est une nuance essentielle — et pour beaucoup, c'est un soulagement immense.
Reprendre sa vie en main, dans cet espace, ce n'est pas avoir un plan. C'est retrouver une forme de présence à soi-même. Et cette présence-là, elle se construit dans la douceur, dans la lenteur, dans la répétition de petits moments où l'on est simplement là — avec soi.
— Clémence Coulaty, art-thérapeute contemporaine certifiée (RNCP), fondatrice d'Un Geste Pour Dire



